Hypnose et dyslexie : apprendre autrement ne veut pas dire apprendre moins bien

« Fais attention aux lettres. »
« Relis encore une fois. »
« Pourtant, tu le savais hier… »
« Tu dois simplement te concentrer davantage. »
Pour un enfant, un adolescent ou même un adulte vivant avec la dyslexie, ces petites phrases peuvent finir par peser lourd.
À force de devoir fournir davantage d'efforts pour lire, écrire ou décoder certaines informations, une autre difficulté peut parfois s'installer silencieusement :
le doute envers soi-même.
Pourquoi les autres semblent-ils y arriver plus facilement?
Pourquoi dois-je toujours recommencer?
Est-ce que je suis moins bon?
Et pourtant…
Apprendre autrement ne veut pas dire apprendre moins bien.
Quand le chemin est différent
Imagine plusieurs personnes qui doivent se rendre au même endroit.
L'une emprunte une route toute droite. Une autre prend un sentier. Une troisième passe par la forêt, contourne une rivière et découvre au passage des repères que les autres n'ont même pas remarqués.
La destination peut être la même.
Le chemin, lui, peut être différent.
La dyslexie est un trouble d'apprentissage qui touche notamment la lecture et l'écriture. Elle ne définit ni l'intelligence d'une personne, ni sa créativité, ni tout ce qu'elle est capable d'accomplir.
Certaines personnes retiennent mieux lorsqu'elles voient. D'autres lorsqu'elles manipulent, expérimentent, entendent, bougent ou transforment une information en image ou en histoire.
Il ne s'agit donc pas seulement de demander :
« Pourquoi est-ce difficile? »
On peut aussi commencer à chercher :
« Comment, toi, apprends-tu le mieux? »
Quand les difficultés scolaires touchent la confiance
Pour certains enfants, la dyslexie ne reste pas confinée aux cahiers et aux livres.
Elle peut tranquillement influencer la façon dont ils se perçoivent.
Lorsqu'un enfant voit les autres terminer avant lui, doit relire plusieurs fois une consigne ou accumule les corrections malgré tous ses efforts, il peut finir par associer l'apprentissage à la peur de se tromper.
Avant même de commencer, une petite voix peut déjà murmurer :
« Je ne serai pas capable. »
Et parfois, ce n'est plus seulement la lecture qui devient difficile.
C'est oser essayer.
C'est ici que l'accompagnement prend tout son sens : non pas pour nier les difficultés réelles, mais pour éviter qu'elles deviennent une définition de la personne.
Et l'hypnose dans tout ça?
L'hypnose ne traite pas et ne corrige pas la dyslexie.
Elle ne remplace pas non plus les interventions spécialisées, l'orthophonie, l'orthopédagogie, les adaptations scolaires ou les autres professionnels qui peuvent accompagner la personne.
Sa place est ailleurs.
Elle peut notamment être utilisée comme approche complémentaire pour travailler sur ce qui entoure l'expérience : le stress, la confiance en soi, certaines émotions, la motivation ou les stratégies personnelles permettant de mieux vivre certaines situations.
Parce que parfois, avant de pouvoir apprendre plus sereinement, il faut aussi retrouver le sentiment :
« Je peux y arriver à ma façon. »
Quand l'imaginaire devient une ressource
L'une des choses que j'aime particulièrement avec l'hypnose auprès des enfants est qu'il n'existe pas une seule façon d'entrer dans leur univers.
Un enfant peut imaginer un tableau de bord.
Un autre une bibliothèque.
Un autre encore préférera des couleurs, des personnages, des sons ou une aventure.
Avec un enfant dyslexique, je peux justement m'appuyer sur sa manière naturelle de représenter les choses, plutôt que de lui imposer encore une autre façon de faire.
On pourrait imaginer, par exemple, plusieurs chemins devant lui.
Sur l'un : les images.
Sur un autre : les sons.
Plus loin : le mouvement.
Puis : les couleurs, les histoires, les sensations, les expériences.
Et lui permettre d'explorer :
« Quel chemin aide ton cerveau à comprendre? »
Il n'y a pas de bonne réponse.
Il y a sa réponse.
Déposer un peu le poids du sac à dos
Il y a aussi tout ce que l'enfant transporte avec lui.
Une mauvaise note.
Une lecture devant la classe qui s'est mal passée.
Une comparaison.
Une remarque.
La peur de faire une erreur.
Le sentiment d'être plus lent.
À force, le sac à dos peut devenir lourd.
En hypnose, nous pouvons symboliquement regarder ce qu'il contient.
Pas pour effacer son histoire.
Mais peut-être pour l'aider à distinguer ce qui lui appartient vraiment de ce qu'il n'a plus besoin de porter.
La dyslexie peut faire partie de son parcours.
Elle n'a pas à devenir son identité entière.
Redonner une place aux réussites
Lorsqu'on vit souvent l'erreur, on peut finir par ne plus remarquer tout ce qui fonctionne.
Alors, parfois, l'accompagnement consiste aussi à remettre de la lumière sur les petites et grandes réussites.
Le mot qu'il a réussi à lire.
L'exposé qu'il a osé faire.
La stratégie qu'il a découverte seul.
Son imagination.
Sa persévérance.
Sa capacité à trouver une autre solution.
Son courage de recommencer.
Parce que la confiance ne se construit pas seulement en répétant :
« Tu es capable. »
Elle grandit aussi lorsque la personne commence elle-même à reconnaître :
« Regarde… ça, je l'ai fait. »
Des outils qui appartiennent à la personne
L'objectif n'est pas que l'enfant dépende d'une séance d'hypnose pour se sentir bien.
Au contraire.
J'aime l'idée qu'il puisse repartir avec ses propres repères.
Un geste pour se recentrer.
Une respiration.
Une image mentale.
Un bouton PAUSE.
Une couleur associée au calme.
Une phrase.
Un chemin imaginaire.
Quelque chose de suffisamment simple pour qu'un jour, devant une difficulté, il puisse retrouver intérieurement :
« Je connais mon chemin. »
Apprendre autrement
La dyslexie peut demander des adaptations, de la patience et parfois beaucoup de persévérance.
Mais derrière les lettres qui se mélangent, les mots qui demandent davantage d'efforts ou les apprentissages qui prennent un autre chemin, il y a avant tout une personne entière.
Une personne avec ses forces.
Ses ressources.
Ses intérêts.
Sa sensibilité.
Sa créativité.
Et sa propre manière de comprendre le monde.
Accompagner cette personne, ce n'est pas essayer de la faire entrer à tout prix dans le chemin des autres.
C'est aussi l'aider à découvrir le sien.
Parce qu'apprendre autrement ne veut pas dire apprendre moins bien.
Et peut-être que l'une des choses les plus importantes qu'un enfant puisse découvrir n'est pas seulement comment apprendre…
mais qu'il peut apprendre sans avoir à devenir quelqu'un d'autre.
Chaque cerveau a sa propre façon de traiter l'information. Et chaque personne a son chemin pour comprendre, retenir et s'épanouir.
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